Le rugby comme outil d’éducation, d’inclusion et de développement personnel. C’est le message porté par le festival CAP Rugby organisé ce samedi 31 octobre 2026 au terrain annexe du stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar. La rencontre réunit 200 jeunes filles issues de cinq régions du Sénégal, autour d’activités sportives, éducatives et de sensibilisation.
Organisé par la Fédération sénégalaise de rugby (FSR), en partenariat avec PLAY International et avec le soutien de CAP Rugby, le festival s’inscrit dans une dynamique de promotion du sport féminin et de renforcement de la place des jeunes filles dans le mouvement sportif.
Au programme : des initiations au T1 Rugby Touché, une pratique ludique et accessible, mais également des ateliers consacrés au bien-être, à la protection des pratiquants, à la lutte contre le dopage et à la préservation de l’environnement.
Pour le premier vice-président de la Fédération sénégalaise de rugby, Dr Madani Fall, cette initiative vise avant tout à favoriser l’inclusion des jeunes filles et à promouvoir la pratique du rugby féminin.
« Le sens de ce festival, c’est beaucoup de l’inclusion. On a essayé d’inclure au maximum les filles, les jeunes filles. L’orientation de ce festival, c’est vraiment d’essayer de promouvoir la pratique du sport féminin, mais pas que le sport féminin, mais également le rugby en particulier », a-t-il déclaré.
Pour Dr Madani Fall, cette mobilisation traduit une volonté commune d’accompagner la jeunesse africaine, particulièrement les filles, souvent confrontées à des obstacles dans l’accès au sport.
« Cette union, cette intégration de toutes ces fédérations permet de montrer que l’Afrique tout entière a les mêmes objectifs et que nous avons envie d’aider notre jeunesse, surtout la jeunesse féminine qui parfois est laissée pour compte », a-t-il souligné.
Le responsable de la FSR insiste également sur la nécessité de faire évoluer les perceptions autour du rugby, encore considéré par certains comme un sport difficile d’accès pour les jeunes filles. « Il est important de montrer que c’est un jeu très ludique, festif et que c’est quelque chose qui est accessible aux plus jeunes dès le plus jeune âge », a-t-il expliqué.
Le festival ne se limite pas à la découverte de la pratique sportive. Il accorde une place importante à la sensibilisation sur des enjeux essentiels à l’épanouissement et à la sécurité des jeunes participantes. Les activités éducatives portent notamment sur le safeguarding, qui désigne la protection des pratiquants contre les violences, les abus et les comportements inappropriés dans le milieu sportif.
Cette dimension éducative constitue l’un des axes majeurs du programme CAP Rugby, qui entend faire du sport un levier de changement social. Chef de projet CAP Rugby, Malick Ndaw explique que cette rencontre répond aux deux grandes orientations du programme : développer la pratique du rugby et utiliser ce sport comme outil de développement.
« Axe numéro un, le développement du rugby et axe numéro deux, l’utilisation du rugby comme outil de développement. Et donc ce festival CAP Rugby s’intègre parfaitement dans ce double objectif », a-t-il indiqué.
À Dakar, cinquante délégués issus de douze pays africains partenaires du programme participent également à des ateliers techniques organisés sur trois jours. « Nous utilisons ce festival pour faire venir aujourd’hui deux cents filles de cinq régions du Sénégal et, d’une part, leur faire découvrir le rugby, mais surtout utiliser cette pratique pour les sensibiliser sur différentes thématiques », a précisé Malick Ndaw.
Pour le chef de projet, cette première journée constitue déjà une réussite, avec la mobilisation des jeunes participantes et la présence des délégués venus de plusieurs pays africains.
La tenue de ce festival à Dakar intervient dans un contexte particulier, à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Vice-président de la Fédération française de rugby, Abdelatif Benazzi estime que le choix de la capitale sénégalaise permet de profiter de la portée internationale de cet événement sportif.
« Le choix de Dakar, parce que d’abord, il reçoit un événement mondialement connu, c’est les Jeux olympiques de la jeunesse. Et puis en même temps, c’est un pays partenaire qui a aussi voulu recevoir », a-t-il expliqué.
Il souligne également l’importance de cette rencontre dans la promotion des valeurs communes au rugby, à l’olympisme et aux sociétés africaines.
« C’est un éclairage important de profiter de cet événement mondial pour s’inscrire dans cette dynamique ô combien symbolique dans l’olympisme, mais aussi dans nos valeurs rugbystiques et africaines », a déclaré Abdelatif Benazzi.
Président de Rugby Afrique et membre du Conseil de World Rugby, Herbert Mensah a salué l’organisation du festival CAP Rugby à Dakar, qu’il considère comme une initiative importante pour la promotion et le développement du rugby sur le continent. À la veille des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, il a adressé ses félicitations au Sénégal, estimant que le pays représente aujourd’hui toute l’Afrique à travers cet événement.
« Je pense que ce projet fait partie des initiatives que nous devons saluer. Nous devons féliciter les équipes de CAP, ainsi que tous les partenaires associés, notamment la FFR et l’ensemble des acteurs impliqués. Le développement du rugby passe notamment par ce type d’initiatives, qui sont essentielles », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de ces actions pour l’avenir de la discipline.
Pour Herbert Mensah, le rugby constitue bien plus qu’un simple sport. Il représente un puissant outil d’inclusion sociale et de développement personnel, permettant aux jeunes de se retrouver autour de valeurs telles que le respect, la solidarité et la confiance en soi, quelles que soient leurs capacités physiques.
« Le rugby offre à chacun la possibilité de grandir en apprenant à respecter les autres. Il permet aux jeunes de prendre confiance en eux et de comprendre qu’ils ont de la valeur. Et permettre à une personne de prendre conscience de sa propre valeur, c’est le début de la construction d’une nation », a-t-il souligné.
Le président de Rugby Afrique a également insisté sur le potentiel du rugby féminin, évoquant notamment la finale entre l’Angleterre et le Canada, disputée à Londres l’année précédente, qui avait réuni 81 000 spectateurs. Une affluence qui témoigne, selon lui, de l’attractivité croissante de cette discipline et des perspectives qu’elle offre au sport féminin.
Du côté de World Rugby, le développement du rugby féminin constitue également une priorité stratégique. Coralie van den Berg, responsable régionale des partenariats pour l’Afrique chez World Rugby, rappelle que l’ambition de l’instance internationale dépasse les seuls résultats sportifs.
« On souhaite utiliser le rugby comme un outil pour enrichir la vie. C’est un sport, on a des objectifs de performance, mais aussi des objectifs de changement social. Et à ce titre, pour nous, le développement et la croissance du rugby féminin, c’est un objectif stratégique très important », a-t-elle affirmé.
Elle souligne que le festival s’inscrit dans la continuité du programme Rugby Rising Play, destiné à permettre aux jeunes filles de découvrir le rugby dans un environnement adapté et favorable.
Pour World Rugby, l’héritage des Jeux olympiques de la jeunesse pourrait également se traduire par un meilleur accès aux infrastructures sportives de Dakar. Coralie van den Berg espère notamment que la Fédération sénégalaise de rugby pourra disposer durablement d’un espace au stade Iba Mar Diop, considéré comme un site historique de la discipline au Sénégal.
« Nous espérons qu’en héritage des JOJ, la Fédération sénégalaise de rugby pourra vraiment s’approprier un espace à Iba Mar Diop pour continuer ce mouvement », a-t-elle déclaré.
Financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, le programme CAP Rugby est déployé dans quinze pays d’Afrique et du Pacifique. Il accompagne les fédérations dans le renforcement de leurs capacités, la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, la protection des pratiquants et la prise en compte des enjeux environnementaux.
Birame Ndaw


