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Pôle urbain du Lac Rose : le départ de Bara Diouf ouvre-t-il une nouvelle ère pour les « dissidents » de Ville Verte ?

Le changement à la tête de la Délégation générale à la Promotion des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (DGPU) ouvre un nouveau chapitre pour le Pôle urbain du Lac Rose. Nommé en remplacement de Bara Diouf lors du Conseil des ministres du 10 septembre 2026, l’avocat Maître Moussa Diop hérite d’un vaste projet d’aménagement au cœur de plusieurs enjeux urbains, fonciers, environnementaux, touristiques et économiques. Une nomination accueillie favorablement par Djibril Thioune, qui appelle surtout à une réorientation du projet du Lac Rose.

Un changement à la tête de la DGPU

Bara Diouf, nommé à la tête de la DGPU en avril 2024, quitte ainsi ses fonctions après un peu plus de deux années à la tête de l’institution chargée de la promotion et de la gestion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose.

Son passage à la DGPU a notamment été marqué par la poursuite de plusieurs projets d’aménagement au niveau du Lac Rose, dont le projet « Ville Verte » porté par Casa Orascom.

Le projet a franchi plusieurs étapes importantes sous sa direction. La route reliant la VDN3 au Lac Rose, longue de 5,85 kilomètres, a notamment été mise en service en mars 2026. Selon la RTS, cette infrastructure, financée à hauteur de 281 millions de francs CFA par Casa Orascom, devait contribuer à améliorer l’accessibilité du site et à renforcer son attractivité économique et touristique.

Le 20 mai 2026, Casa Orascom, la DGPU et l’ambassade d’Égypte au Sénégal ont également procédé au lancement des travaux de « Ville Verte Lac Rose », présenté comme un projet d’aménagement urbain durable et de résilience climatique.

Mais c’est précisément cette orientation, notamment la place prise par le projet Casa Orascom dans le développement du Lac Rose, qui suscite aujourd’hui les interrogations de Djibril Thioune.

Djibril Thioune : « Je salue le départ de Monsieur Bara Diouf »

Dans une réaction consacrée au changement intervenu à la tête de la DGPU, Djibril Thioune ne cache pas sa satisfaction.

« Je salue le départ de Monsieur Bara Diouf à la tête de la DGPU, dont la gestion du projet du Pôle urbain du Lac Rose a, selon moi, profondément dénaturé la vision initiale », déclare-t-il.

Pour M. Thioune, le principal enjeu n’est pas seulement le changement de responsable, mais la nécessité de revoir l’orientation globale du Pôle urbain du Lac Rose.

Son analyse repose notamment sur une distinction qu’il estime fondamentale entre le Lac Rose et Diamniadio.

« Le Lac Rose ne devait pas devenir un simple Diamniadio bis »

Pour Djibril Thioune, le Pôle urbain du Lac Rose devait être pensé selon une logique différente de celle de Diamniadio.

« Le Pôle urbain du Lac Rose ne devait pas devenir un simple “Diamniadio bis” », soutient-il.

Cette remarque renvoie à la conception même des pôles urbains développés dans la région de Dakar. Diamniadio a été conçu comme une nouvelle centralité destinée notamment à décongestionner Dakar et à accueillir des fonctions administratives, économiques, industrielles, résidentielles et événementielles. Le pôle dispose aujourd’hui d’équipements emblématiques comme le Centre international de conférences Abdou Diouf, Dakar Arena ou encore le Parc des expositions.

Le Lac Rose, lui, possède une identité territoriale différente. Des documents consacrés à l’aménagement de la région de Dakar lui attribuent notamment une vocation touristique, résidentielle et agro-industrielle, avec un périmètre beaucoup plus vaste englobant plusieurs villages.

C’est cette spécificité que Djibril Thioune demande de remettre au centre du projet.

Une vocation touristique, culturelle et sportive à retrouver

Dans sa réaction, Djibril Thioune revient sur ce qu’il considère comme la vision initialement défendue pour le Pôle urbain du Lac Rose.

« Le Président Macky Sall avait clairement exprimé sa volonté d’en faire un pôle à vocation différente, avec notamment le développement de complexes sportifs, d’infrastructures culturelles, de centres de loisirs et d’autres équipements structurants destinés à créer un véritable cadre de vie et d’attractivité », rappelle-t-il.

Cette volonté de créer des pôles urbains dotés d’équipements et de services ne constitue pas un élément nouveau dans la politique d’aménagement de l’ancien régime. Dans ses orientations concernant les pôles urbains, l’État avait notamment mis en avant la création de logements, d’équipements sociaux, scolaires et sanitaires, ainsi que des activités génératrices de richesses et d’emplois.

Pour le Lac Rose, plusieurs documents d’aménagement ont parallèlement insisté sur son potentiel touristique et environnemental. Le site est en effet confronté à un double impératif : accompagner l’urbanisation et préserver un environnement particulièrement sensible.

Une étude consacrée au Pôle urbain du Lac Rose souligne ainsi que le projet répond à une volonté de planifier l’extension urbaine, mais relève également des risques liés à l’urbanisation sur la biodiversité, la végétation et l’équilibre du lac, notamment pour les populations dont les activités dépendent de l’exploitation du sel.

Casa Orascom au cœur du débat

C’est dans ce contexte que Djibril Thioune pointe particulièrement l’intégration du projet Casa Orascom.

« Or, l’intégration du projet Casa Orascom a donné le sentiment que cette vision initiale avait été progressivement abandonnée », affirme-t-il.

Le projet « Ville Verte » occupe effectivement une place importante dans la nouvelle phase de développement du Lac Rose. Porté par Casa Orascom en partenariat avec la DGPU, il prévoit notamment la construction de logements et d’équipements dans le cadre d’un projet présenté comme une ville durable.

Selon les informations disponibles, la première phase prévoit 10 000 logements. Le projet a été présenté par ses promoteurs comme une réponse aux besoins en logements et comme une nouvelle approche de l’aménagement urbain durable.

La DGPU a, de son côté, défendu une approche dans laquelle le projet du Lac Rose ne serait pas une simple opération immobilière. Dans une présentation publiée par le projet Ville Verte, Bara Diouf expliquait que le pôle répondait notamment à une nécessité stratégique et environnementale, face à l’avancée de l’urbanisation anarchique et à la fragilité de l’écosystème du Lac Rose.

En juin 2025, Bara Diouf déclarait également que les pôles de Diamniadio et du Lac Rose « ne s’opposent pas mais se complètent », en évoquant un équilibre économique, environnemental et humain entre les deux territoires.

Le débat soulevé par Thioune porte donc moins sur l’existence du projet Ville Verte que sur la place qu’il doit occuper dans la vision globale du Pôle urbain du Lac Rose.

Ce que Djibril Thioune attend du nouveau responsable

Avec l’arrivée de Maître Moussa Diop, Djibril Thioune estime qu’une nouvelle orientation est possible.

« Nous attendons désormais du nouveau responsable de la DGPU, Maître Moussa Diop, qu’il réexamine en profondeur l’orientation donnée au Pôle urbain du Lac Rose et qu’il puisse remettre au cœur du projet sa vocation initiale », affirme-t-il.

Derrière cette déclaration se dessinent plusieurs attentes.

La première est donc une réévaluation stratégique du projet. Thioune souhaite que le nouveau responsable ne se contente pas de poursuivre les orientations déjà engagées, mais procède à un examen global de la conception du pôle.

La deuxième attente concerne la différenciation avec Diamniadio. Pour lui, le Lac Rose doit développer sa propre identité et ne pas reproduire le modèle de la nouvelle ville de Diamniadio.

La troisième porte sur la valorisation du potentiel touristique du territoire. Le Lac Rose constitue un site naturel à forte valeur symbolique et touristique, dont l’attractivité repose autant sur son environnement que sur son histoire et ses activités économiques.

La quatrième attente concerne la culture et les loisirs. Thioune plaide pour des infrastructures capables d’attirer les populations, les visiteurs et les investisseurs au-delà de la seule fonction résidentielle.

La cinquième concerne le sport. Il souhaite voir émerger des équipements sportifs capables de contribuer à l’animation du territoire et à l’épanouissement de la jeunesse.

Enfin, la question environnementale apparaît comme un élément transversal de sa vision. Le développement du pôle, selon lui, doit être compatible avec la préservation du Lac Rose et de son environnement.

« Le Lac Rose mérite un projet ambitieux, cohérent et différent de Diamniadio »

Pour Djibril Thioune, le nouveau responsable de la DGPU a ainsi l’opportunité de redéfinir les priorités.

« Le Lac Rose mérite un projet ambitieux, cohérent et différent de Diamniadio, capable de valoriser son potentiel touristique, culturel, sportif et environnemental », insiste-t-il.

Cette déclaration intervient alors que le territoire entre dans une phase d’accélération de son développement. L’amélioration des infrastructures routières, l’arrivée de grands projets immobiliers et l’intérêt croissant des investisseurs renforcent progressivement l’attractivité de la zone.

Mais cette dynamique pose aussi la question de l’équilibre entre urbanisation, développement économique, préservation environnementale et prise en compte des populations locales.

Le futur responsable de la DGPU devra donc composer avec un projet déjà engagé, des investissements importants et des attentes territoriales multiples.

Une nouvelle feuille de route attendue

Au-delà du remplacement de Bara Diouf, la nomination de Maître Moussa Diop peut ainsi être perçue comme un moment de clarification pour le Pôle urbain du Lac Rose.

Djibril Thioune appelle en tout cas à un changement d’approche.

« Il est temps de revenir à l’esprit du projet initial et de faire du Pôle urbain du Lac Rose un véritable modèle de développement urbain, plutôt qu’une simple extension urbaine », conclut-il.

La balle est désormais dans le camp du nouveau responsable de la DGPU. Son principal défi sera de trouver l’équilibre entre la poursuite des investissements déjà engagés, notamment autour de « Ville Verte », et la nécessité de donner au Pôle urbain du Lac Rose une identité propre, intégrant pleinement les dimensions touristique, culturelle, sportive, environnementale et sociale.

Pour les acteurs du territoire qui, comme Djibril Thioune, réclament une réorientation du projet, les prochains mois seront donc particulièrement scrutés. Ils permettront de voir si le changement à la tête de la DGPU se traduira également par une nouvelle feuille de route pour le Lac Rose.

Birame Ndaw

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