AccueilA la UneHivernage 2026 au Sénégal : 921,7 milliards FCFA annoncés pour renforcer la...

Hivernage 2026 au Sénégal : 921,7 milliards FCFA annoncés pour renforcer la lutte contre les inondations, un bilan marqué par des avancées et des défis

Malgré une saison des pluies excédentaire et un épisode exceptionnel enregistré le 4 octobre à Dakar, le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement met en avant le renforcement des capacités de pompage, le curage des réseaux, l’évacuation des eaux en 48 heures sur plusieurs axes et la mise en place d’outils d’alerte. À plus long terme, la Stratégie nationale de gestion intégrée du risque d’inondation (SNGIRI) prévoit un programme de 921,7 milliards de FCFA à l’horizon 2040.

Le Sénégal poursuit ses efforts pour améliorer la prévention et la gestion des inondations. Dans son document de bilan arrêté au 14 octobre 2026, le ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement présente les principales interventions menées durant l’hivernage, les progrès enregistrés entre 2025 et 2026 ainsi que les investissements envisagés pour apporter des réponses plus durables à un phénomène qui affecte régulièrement plusieurs localités du pays.

Cette saison a été marquée par une pluviométrie supérieure aux normales dans plusieurs régions, notamment à Dakar, où un épisode particulièrement intense a été enregistré le 4 octobre. Face à ces précipitations, les autorités mettent en avant la mobilisation des services techniques, le renforcement des dispositifs de pompage et le développement d’outils destinés à mieux anticiper les risques.

Une pluviométrie excédentaire, avec un épisode exceptionnel à Dakar

L’un des faits marquants de l’hivernage 2026 reste la forte pluie enregistrée le dimanche 4 octobre dans la région de Dakar. Selon les données présentées par le ministère, la station de Dakar-Yoff a enregistré 137,5 millimètres de pluie en 24 heures. Il s’agit de la troisième plus forte pluie journalière relevée à cette station depuis 1981.

Le cumul saisonnier à Dakar atteignait 605,4 millimètres au 8 octobre, soit 158,8 % de la normale. Ces chiffres illustrent l’importance des précipitations auxquelles les réseaux d’assainissement et les dispositifs d’évacuation ont dû faire face.

La situation est également contrastée dans les autres régions. Au 8 octobre, le cumul saisonnier représentait 181 % de la normale à Ranérou, 178 % à Louga, 159 % à Dakar et 134 % à Cap-Skirring. Podor affichait 112 %, Ziguinchor 111 % et Kolda 100 %. À l’inverse, Thiès se situait à 99 %, Kaolack à 96 %, Fatick à 90 %, Kédougou à 84 % et Matam à 67 %.

594 kilomètres de réseaux curés et 547 sites couverts par le pompage

Dans son bilan, le ministère met en avant plusieurs chiffres clés. Au total, 594 kilomètres de réseaux ont été curés avant et pendant l’hivernage. Par ailleurs, 547 sites ont été couverts par le dispositif de pompage, tandis que 148 sites endémiques avaient été identifiés à l’avance par la Brigade nationale des sapeurs-pompiers (BNSP).

Le ministère souligne également une évolution dans les moyens mobilisés entre 2025 et 2026. En 2025, au moins 415 motopompes avaient été mobilisées. En 2026, l’accent est davantage mis sur les réseaux, les stations fixes et le rabattement de la nappe phréatique, en complément des moyens d’intervention rapide.

À Bambey, Diourbel, Touba et Kaffrine, des interventions adaptées aux réalités locales

Le document présente plusieurs exemples d’interventions dans les régions de l’intérieur du pays, avec des situations différentes selon les localités.

À Bambey, où le centre-ville et le quartier Léona avaient été inondés en 2025, des opérations de curage menées par l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS), avec l’appui du Génie militaire, ont été mises en avant en 2026. Le ministère indique que la situation est restée sous contrôle, malgré un cumul pluviométrique comparable à celui de l’année précédente.

À Diourbel, le marché Ndoumbé Diop avait été touché par les inondations en 2025. Pour l’hivernage 2026, les interventions mentionnées portent sur les conduites de l’Agence de développement municipal (ADM) et une tranchée réalisée par l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public contre le sous-emploi (AGETIP). Le bilan fait état d’une situation très améliorée.

À Touba, où des bassins avaient débordé et des exutoires avaient été rompus en 2025, les actions de 2026 ont notamment porté sur les canaux de l’ONAS, 18 kilomètres de réseaux et le rabattement de la nappe. Selon le ministère, aucun bassin n’avait débordé au moment de l’établissement du bilan.

À Kaffrine, enfin, 120 motopompes avaient été mobilisées en 2025. Les interventions de 2026 ont porté sur le curage et le reprofilage du bassin. La situation était présentée comme étant sous contrôle, sans débordement.

Kaolack, un cas mis en avant par le ministère

Le ministère présente Kaolack comme l’un des résultats les plus significatifs de la stratégie préventive menée durant l’hivernage 2026. Selon le document, la ville n’a pas connu d’inondations cette année, malgré les fortes pluies enregistrées.

Cette situation est attribuée aux actions conjointes du Génie militaire, de la Direction de la prévention et de la gestion des inondations (DPGI) et de la mairie.

Parmi les interventions citées figurent le curage de 9 165 mètres de canaux, soit environ 10 kilomètres, par le Génie militaire. À Thioffack, les travaux du bassin financé par la DPGI auraient été achevés dans leur phase d’urgence avant l’installation de l’hivernage.

Des canalisations d’urgence ont également été réalisées par le Génie militaire dans le quartier historique de Ndagane et ses environs. À cela s’ajoute le réseau de pompage de la BNSP, présenté comme un dispositif opérationnel complémentaire.

Pour le ministère, l’absence d’inondations à Kaolack constitue un modèle jugé satisfaisant, susceptible d’inspirer les futures actions de lutte contre les inondations. Ce résultat met en lumière l’importance de la préparation en amont, de la coordination entre les services et de la réalisation des travaux avant les premières fortes pluies.

Dakar : des capacités d’évacuation renforcées

Dans la région de Dakar, les efforts ont porté sur l’augmentation des capacités de pompage, le fonctionnement des infrastructures d’assainissement et l’évacuation des eaux accumulées dans les zones exposées.

Aux Parcelles Assainies, notamment à l’unité 24, la capacité de pompage a été portée de deux équipements de 250 mètres cubes par heure à deux équipements de 730 mètres cubes par heure. Le dispositif a également bénéficié d’un groupe électrogène plus puissant. Cette évolution représente une augmentation importante de la capacité de pompage annoncée par le ministère.

À Thiaroye, les opérations de rabattement de la nappe ont permis de pomper 899 166 mètres cubes d’eau, dont 761 792 mètres cubes évacués vers Mbao. Le document présente ces volumes comme un élément important du dispositif de gestion des eaux dans cette zone.

Les projets d’infrastructures d’assainissement PIS 1 et PIS 2 sont, pour leur part, indiqués comme étant réalisés à 98 %. Ils comprennent 14 bassins, 26 kilomètres de collecteurs et une station affichant une capacité de 5 400 mètres cubes par heure.

Le 4 octobre, les eaux évacuées et plusieurs axes libérés en 48 heures

Après les fortes précipitations du 4 octobre, les services de l’État ont engagé une opération de pompage et d’évacuation des eaux dans plusieurs secteurs de la région de Dakar.

Dès le lundi 5 octobre au matin, des moyens de pompage supplémentaires ont été mobilisés par la BNSP, l’ONAS et la DPGI. Une réunion d’urgence a également été organisée, parallèlement à une visite du Premier ministre, notamment à Keur Massar.

Le mardi 6 octobre, un plan d’action a été examiné lors d’une réunion présidée par le gouverneur de Dakar, avec les structures opérationnelles concernées. Le mercredi 7 octobre, une visite de terrain du ministre, accompagné du gouverneur, a permis de constater l’évacuation des eaux et la libération de plusieurs axes.

Le dispositif a reposé sur trois leviers principaux : le pompage d’urgence, l’organisation de la circulation et la coordination des services techniques. Le pompage engagé dès le 5 octobre comprenait une conduite de 1 600 mètres, deux motopompes de 400 mètres cubes par heure chacune et une électropompe de 300 mètres cubes par heure.

Le plan de circulation a été mis en place par le préfet, tandis que la BNSP, l’ONAS, la DPGI et l’AGEROUTE ont participé à la mobilisation opérationnelle. Une cinquantaine de jeunes volontaires ont également contribué aux opérations.

Le ministère indique que les eaux ont été évacuées et les axes concernés libérés en 48 heures. Cependant, de nouvelles précipitations, évaluées à 86 millimètres dans la nuit du 7 au 8 octobre, ont nécessité la poursuite du pompage et le maintien des équipes sur le terrain.

Allô Inondation : 1 265 signalements enregistrés

Pour améliorer le suivi des situations d’urgence, le ministère s’appuie également sur le dispositif Allô Inondation, qui permet aux populations de signaler les problèmes liés aux inondations.

Au 14 octobre 2026, le dispositif avait reçu 1 265 signalements, dont 79,4 % étaient indiqués comme résolus. Le service couvrait les 12 régions du Sénégal, avec huit régions affichant un taux de résolution de 100 %.

Le document mentionne aussi la mobilisation de 120 volontaires de l’APIP sur le terrain. Leur intervention complète le travail des services techniques en facilitant le suivi des alertes et la remontée des informations provenant des localités concernées.

Les populations peuvent contacter le dispositif grâce au numéro vert 200 450 ou par WhatsApp, disponibles 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.

Sangalkam et Bambilor : des seuils de pluie pour anticiper les risques

L’un des éléments importants du document concerne l’intégration de seuils d’alerte pluviométriques dans le système Allô Inondation. Ces seuils, établis à partir d’études, permettent de classer automatiquement le niveau de vigilance d’une localité en fonction du cumul de pluie enregistré sur 24 heures.

Pour Sangalkam et Bambilor, les niveaux sont identiques : la veille est déclenchée à partir de 20 millimètres de pluie, la pré-alerte à 44 millimètres et l’alerte à 73 millimètres.

Pour Touba, Kaolack et Kaffrine, les seuils sont respectivement de 25, 50 et 80 millimètres. À Tambacounda, ils sont fixés à 30 millimètres pour la veille, 60 millimètres pour la pré-alerte et 100 millimètres pour l’alerte.

Le ministère explique que les valeurs retenues pour Sangalkam et Bambilor s’appuient notamment sur l’étude du Plan de gestion du risque d’inondation du Lac Rose, dans le cadre du PGIIS 2. Le seuil de 44 millimètres correspond à une pluie dont la période de retour est estimée à environ un an, avec une valeur de référence de 43,8 millimètres. Celui de 73 millimètres correspond à une pluie susceptible de revenir tous les deux ans, avec une référence de 72,6 millimètres.

Ces seuils constituent des repères d’anticipation. Ils ne signifient pas qu’une inondation se produira automatiquement dès qu’ils sont atteints, mais permettent d’organiser la vigilance et la réponse en tenant compte du risque identifié dans chaque localité.

La SNGIRI, une stratégie de 921,7 milliards de FCFA à l’horizon 2040

Au-delà des interventions d’urgence, le ministère inscrit sa politique dans la Stratégie nationale de gestion intégrée du risque d’inondation (SNGIRI) pour la période 2025-2040. Le coût global de mise en œuvre annoncé est de 921,7 milliards de FCFA.

Cette stratégie repose sur plusieurs outils complémentaires.

Le Plan de prévention du risque d’inondation (PPRI) vise à réglementer l’occupation des zones exposées. Il doit contribuer à limiter l’installation des populations et des infrastructures dans les secteurs particulièrement vulnérables.

Le Plan de gestion du risque d’inondation (PGRI) permet de programmer et de chiffrer les ouvrages nécessaires par bassin versant ou par ville. Il peut notamment concerner les collecteurs, les canaux, les bassins de rétention et les stations de pompage.

Enfin, le Plan communal de sauvegarde (PCS) doit organiser la réponse locale en situation de crise. Il s’agit d’un outil opérationnel destiné à structurer les interventions et à préciser les actions à entreprendre au niveau des communes exposées.

Le document cite plusieurs enveloppes financières : environ 90 milliards de FCFA pour un programme présenté dans le cadre des investissements, 34,98 milliards pour le PGRI du Lac Rose, 119 milliards pour le PGRI de Touba et 119 milliards pour le PRRIS 2027-2031. Ces montants correspondent à des programmes distincts et ne doivent pas être confondus avec le coût global de la SNGIRI.

Des cartes de zonage et des documents opérationnels sont également présentés, notamment pour le bassin versant du Lac Rose et la commune de Tambacounda. Ils doivent contribuer à mieux localiser les zones exposées, planifier les ouvrages et organiser les réponses locales.

Six défis majeurs pour rendre la lutte contre les inondations plus durable

Malgré les avancées présentées, le ministère reconnaît que plusieurs défis restent à relever. Le document identifie six priorités.

La première consiste à renforcer la capacité hydraulique des réseaux, en les recalibrant et en investissant à l’échelle des bassins versants. L’objectif est de permettre une meilleure circulation des eaux lors des fortes précipitations.

La deuxième concerne la maintenance préventive des équipements. Le fonctionnement des stations de pompage doit être assuré dans la durée, avec une attention particulière portée à la redondance énergétique afin de limiter les interruptions en cas de panne ou de coupure d’électricité.

La troisième priorité porte sur l’urbanisation. Le ministère préconise d’accélérer les plans de prévention des risques et de renforcer le contrôle de l’occupation des voies d’eau. Cette orientation rappelle que les ouvrages d’assainissement ne peuvent, à eux seuls, résoudre les problèmes lorsque les zones naturelles d’écoulement sont occupées ou obstruées.

La quatrième priorité est la coordination des acteurs, à travers le partage de l’information et la mise en place d’un protocole unique d’alerte. La cinquième vise à déployer les plans communaux de sauvegarde dans les territoires exposés. Enfin, la sixième consiste à sécuriser le financement nécessaire à la mise en œuvre de la stratégie nationale.

Entre résultats immédiats et investissements de long terme

Le bilan présenté au 14 octobre 2026 met en évidence des avancées dans plusieurs localités : curage des réseaux, renforcement des équipements de pompage, interventions à la suite des fortes pluies du 4 octobre et développement d’un système de signalement et d’alerte.

Kaolack est présenté comme un exemple de prévention réussie, tandis que les opérations conduites à Dakar illustrent la capacité de mobilisation après un épisode pluvieux exceptionnel. À Sangalkam et Bambilor, l’existence de seuils de vigilance intégrés à Allô Inondation constitue un outil supplémentaire pour anticiper les risques.

Mais les chiffres et les réalisations annoncés par le ministère ne signifient pas que le problème des inondations est définitivement résolu. Les épisodes pluvieux rapprochés, la pression sur les réseaux, les besoins de maintenance et les difficultés liées à l’occupation des zones exposées demeurent des enjeux majeurs.

La réussite de la stratégie dépendra donc de la continuité des travaux, de l’exécution effective des investissements annoncés, de l’entretien des infrastructures et de la capacité des collectivités à intégrer le risque d’inondation dans leurs décisions d’aménagement.

À l’horizon 2040, la SNGIRI fixe une ambition financière et opérationnelle importante. Le défi sera désormais de transformer cette planification en réalisations concrètes et durables pour mieux protéger les populations sénégalaises, aussi bien dans la région de Dakar que dans les autres territoires exposés.

ARTICLES SIMILAIRES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Les articles les plus consultés

Commentaires Récents