Le projet de Centre intégré de valorisation des déchets (CIVD) de Bambilor revient au centre de l’actualité avec une étape importante franchie dans son processus de validation environnementale et sociale. Porté dans le cadre du Projet de Promotion de la Gestion intégrée et de l’Économie des Déchets solides (PROMOGED), le futur centre s’inscrit dans la réorganisation en profondeur du système de gestion des déchets dans la région de Dakar.
Un maillon du nouveau dispositif régional
Le CIVD de Bambilor n’est pas un projet isolé. Il fait partie d’un nouveau schéma directeur de gestion des déchets conçu pour moderniser toute la chaîne, depuis la collecte jusqu’au traitement et à la valorisation.
Dans ce dispositif figurent notamment des centres de tri et de transfert à Mbao et Diamniadio, ainsi que des CIVD à Bambilor et Sébikotane. L’objectif affiché par le PROMOGED est de réduire progressivement la dépendance à l’enfouissement traditionnel, de développer la valorisation des déchets et d’améliorer durablement le cadre de vie.
À Bambilor, le projet prévoit un dispositif combinant traitement mécano-biologique et centre d’enfouissement technique. Autrement dit, l’ambition n’est pas simplement de déposer les déchets sur un nouveau site : une partie des déchets doit être traitée et valorisée avant que les résidus ne soient dirigés vers un dispositif d’enfouissement contrôlé.
Pourquoi Bambilor ?
Les études techniques réalisées dans le cadre du projet ont notamment examiné les caractéristiques géologiques du secteur. Les documents du PROMOGED indiquent que la zone retenue présente une formation argileuse et marno-calcaire caractérisée par une faible perméabilité, considérée comme favorable au confinement des déchets traités. Le site identifié se trouve dans la commune de Bambilor, dans une zone d’environ 200 hectares.
Le choix du site s’inscrit donc dans une logique technique liée à la gestion des déchets et à l’organisation territoriale du futur système régional.
Mais ce choix fait également l’objet de préoccupations locales. En 2026, des habitants de Bambilor, Mbeuth et de localités voisines ont exprimé leur opposition au projet, notamment en raison de la vocation agricole de la zone concernée. Une mission parlementaire s’est rendue sur le terrain en mars 2026 pour s’enquérir de la situation.
Que va concrètement apporter le CIVD ?
Le premier avantage attendu est environnemental. En transformant la manière dont les déchets sont traités, le CIVD doit contribuer à réduire les volumes directement destinés à l’enfouissement et à favoriser leur valorisation.
Le projet doit également participer à la modernisation de la gestion des déchets dans la région de Dakar, dans un contexte où la croissance urbaine augmente fortement les besoins en infrastructures. Le PROMOGED présente d’ailleurs la valorisation des déchets comme l’un des piliers de son intervention, avec une dimension économique et sociale.
Il existe aussi un enjeu économique. Les documents du projet prévoient la création d’emplois liés au fonctionnement des infrastructures. Un document du PROMOGED consacré à la réinstallation et à la restauration des moyens de subsistance évoque 229 emplois permanents pour le CIVD de Bambilor, dont 111 destinés aux récupérateurs de Mbeubeuss, avec par ailleurs une priorité annoncée aux populations locales pour certains emplois qualifiés.
Le CIVD doit ainsi être compris comme une infrastructure à la fois environnementale, industrielle et sociale, destinée à transformer le déchet en une ressource pouvant intégrer différentes filières de valorisation.
De Mbeubeuss à Bambilor : un changement de modèle
L’un des enjeux majeurs du projet est également lié à la transformation du système actuel de gestion des déchets à Dakar.
La stratégie du PROMOGED prévoit notamment la résorption progressive de la décharge de Mbeubeuss et la mise en place d’infrastructures alternatives. Le CIVD de Bambilor doit donc contribuer à offrir une nouvelle capacité de traitement dans le cadre de cette transition.
Cette transition concerne aussi les milliers de personnes qui dépendent aujourd’hui de la récupération informelle des déchets. C’est pourquoi les documents du projet prévoient l’intégration d’une partie des récupérateurs dans les nouvelles infrastructures, notamment celles de Bambilor et de Sébikotane.
Où en est aujourd’hui le projet ?
Contrairement à certaines présentations qui pourraient laisser croire que le CIVD est déjà pleinement opérationnel, le projet est encore dans son processus de validation environnementale et sociale.
En juillet 2026, le comité technique de pré-validation a examiné le rapport provisoire de l’Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES). Cette étude a notamment identifié les impacts potentiels du projet et proposé des mesures d’évitement, de réduction, de compensation et d’accompagnement. Un Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES) a également été élaboré.
Une audience publique relative à l’EIES du CIVD de Bambilor était programmée le 15 septembre 2026, nouvelle étape du processus réglementaire.
Cette étape est particulièrement importante puisque le projet doit désormais répondre à la fois aux exigences techniques et environnementales et aux préoccupations exprimées par les populations concernées.
Un projet aux avantages potentiels, mais qui devra convaincre localement
Sur le papier, le CIVD de Bambilor répond à plusieurs défis : moderniser la gestion des déchets, réduire l’enfouissement non maîtrisé, développer la valorisation, créer des emplois et accompagner la transformation du système de Dakar autour de la résorption progressive de Mbeubeuss.
Mais son acceptabilité dépendra aussi de la capacité des autorités et du PROMOGED à apporter des réponses précises aux inquiétudes des populations riveraines, notamment sur l’environnement, l’agriculture, les nuisances, les mécanismes de compensation et les retombées économiques locales.
C’est précisément l’intérêt de la procédure d’étude d’impact et de consultation publique : le CIVD de Bambilor ne doit pas seulement être présenté comme une infrastructure de traitement des déchets, mais comme un projet territorial dont les conséquences doivent être évaluées, expliquées et encadrées avant sa mise en œuvre.
Birame Ndaw


