dimanche, juin 7, 2026
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Au Lac Rose, la Journée mondiale de l’environnement se transforme en tribune contre Casa Orascom

Vêtus de t-shirts noirs arborant les slogans « Non au projet Casa Orascom Ville Verte » et « Préservons le Lac Rose », les membres du Collectif des associations de la commune de Tivaouane Peulh-Niague ont marqué la Journée mondiale de l’environnement par une forte mobilisation citoyenne ce samedi sur les berges du Lac Rose.

Sous une chaleur accablante, jeunes, femmes et acteurs communautaires ont pris d’assaut les rives du site emblématique pour une vaste opération de nettoyage. Déchets plastiques, bouteilles, sachets et autres ordures abandonnées ont été minutieusement ramassés dans le cadre d’une action de sensibilisation destinée à alerter les populations sur l’urgence de protéger l’environnement et de préserver les ressources naturelles du territoire.

Pour les organisateurs, cette journée ne se limitait pas à un simple geste écologique. Elle visait également à rappeler les multiples menaces qui pèsent aujourd’hui sur le Lac Rose, considéré comme l’un des principaux poumons économiques et touristiques de la commune.

Prenant la parole au nom du collectif, le porte-parole du jour, le Dr Amath Wade, a souligné la portée symbolique de cette mobilisation.

« Nous profitons de la Journée mondiale de l’environnement qui était fêtée normalement hier, mais nous, pour des raisons d’opportunité, nous l’avons déplacée au samedi 6 juin. Cette journée nous rappelle que l’homme a besoin d’un environnement sain pour vivre et pour avoir un corps sain », a-t-il déclaré.

Selon lui, le Lac Rose constitue un patrimoine naturel exceptionnel dont la préservation doit être une priorité nationale.

« Le Lac Rose est un site emblématique, un site unique au monde. Aujourd’hui, il est menacé par plusieurs phénomènes. Nous avons procédé au ramassage des déchets plastiques parce que cette pollution constitue déjà un danger. Mais il est également menacé par la crise foncière qui touche la région de Dakar », a-t-il expliqué.

Au-delà de l’opération de nettoyage, les participants ont procédé à la plantation de plusieurs arbres sur les berges du lac. Une initiative destinée à lutter contre la déforestation et à renforcer la protection de l’écosystème local.

Pour les jeunes mobilisés, le reboisement représente un acte concret pour préserver durablement ce site naturel dont dépendent de nombreuses familles de la commune.

Mais cette journée a également servi de tribune pour dénoncer une nouvelle fois le projet immobilier Casa Orascom, baptisé « Ville Verte », auquel le collectif continue de s’opposer fermement.

Dr Amath Wade estime que ce programme immobilier constitue une menace directe pour l’équilibre écologique du Lac Rose.

« Aujourd’hui, nous sommes inquiets parce que Casa Orascom, avec l’État du Sénégal, prévoit de construire 18 000 logements sur ce site. Près de 200 000 personnes sont annoncées. Cela va définitivement détruire la bande de filaos que nous avons entretenue pendant des années, détruire les dunes et, à terme, provoquer le tarissement du Lac Rose », a-t-il averti.

Face à cette situation, le collectif appelle les autorités à revoir leur position et à privilégier un modèle de développement fondé sur la préservation de l’environnement.

« Il n’est pas trop tard. Le Lac Rose est menacé, mais nous avons des solutions pour le préserver sur le long terme. Nous proposons de transformer cette zone en pôle de développement local fondé sur le tourisme vert et le tourisme écologique. Nous demandons également le classement du Lac Rose comme priorité nationale, voire internationale », a plaidé le porte-parole.

Pour les membres du collectif, l’enjeu dépasse largement la protection d’un simple site naturel. Il concerne aussi l’avenir économique de toute une communauté.

« Les gens oublient que la commune de Tivaouane Peulh-Niague ne dispose pratiquement pas d’entreprises. La seule véritable entreprise que nous avons, c’est le Lac Rose. Aujourd’hui, il fait vivre plus de 2 000 jeunes et permet à des milliers de familles de subsister grâce au tourisme, à l’exploitation du sel et à l’agriculture », a rappelé Dr Wade.

Avant d’ajouter : « La disparition du Lac Rose serait une calamité pour la commune de Tivaouane Peulh-Niague et particulièrement pour le village de Niague. Nous lançons un cri de détresse. On ne peut pas construire des logements destinés à une clientèle aisée et laisser les populations locales en rade. Nous ne pourrons jamais accepter cela. »

Déterminé à poursuivre le combat, le collectif annonce déjà de nouvelles actions dans les prochaines semaines. Selon Dr Amath Wade, la lutte s’inscrit désormais sur les plans juridique et international.

« La lutte est sans fin. Nous sommes convaincus d’être dans la vérité. Nous travaillons avec des avocats et nous avons sollicité des organisations internationales comme Greenpeace et Natural Justice afin d’internationaliser ce dossier. Notre objectif est que l’État du Sénégal renonce à transformer le Lac Rose en zone d’habitat et qu’il soit reconnu comme patrimoine mondial pour l’humanité et particulièrement pour la commune de Tivaouane Peulh-Niague », a-t-il conclu.

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