Les Navétanes sont de nouveau suspendus dans la ville de Rufisque. Le préfet du département, Magatte Diouck, invoque la préservation de l’ordre public et la sécurité des personnes et des biens. La décision, qui doit être formalisée par un arrêté préfectoral publié ce lundi, intervient après de nouveaux incidents liés aux rencontres du championnat populaire.
La décision marque un nouveau coup d’arrêt pour les compétitions de Navétanes à Rufisque. Dans une communication adressée aux responsables du mouvement, aux présidents d’ASC, aux joueurs et aux supporters, le préfet du département annonce la suspension des matchs dans la ville, en raison notamment des affrontements entre supporters et des risques que ces incidents font peser sur la sécurité des populations.
Selon les éléments communiqués par l’autorité administrative, la mesure est motivée par la répétition d’actes de violence enregistrés à l’occasion de certaines rencontres. Les incidents auraient notamment porté atteinte à la tranquillité publique ainsi qu’à l’intégrité de biens publics et privés.
L’arrêté préfectoral devant formaliser cette décision doit être publié ce lundi. À ce stade, aucune date de reprise n’est annoncée.
Une nouvelle suspension dans un contexte déjà tendu
Cette décision intervient alors que la situation des Navétanes à Rufisque était déjà particulièrement surveillée par les autorités.
En juin 2026, le préfet Magatte Diouck avait indiqué que la suspension des compétitions restait en vigueur pour l’édition 2026. Lors d’un Comité de développement départemental tenu le 24 juin, l’autorité administrative avait toutefois accepté d’expérimenter la reprise de certaines finales de compétitions précédemment suspendues, sous un important dispositif sécuritaire et avec davantage de sensibilisation.
Cette reprise progressive s’est effectivement matérialisée au début du mois de juillet. La finale de la Zone 1D, opposant Renaissance Camp Marchand à Castors, s’est notamment disputée le 5 juillet 2026 au stade Ngalandou Diouf. Les différentes zones de l’ODCAV de Rufisque ont ensuite lancé leurs compétitions au cours du mois de juillet.
La nouvelle suspension montre donc les limites de cette tentative de reprise sous conditions sécuritaires.
Le précédent de 2025
Le rappel des événements de 2025 permet de mesurer la gravité du contexte.
Le 22 septembre 2025, des affrontements avaient éclaté au stade Ngalandou Diouf lors des phases départementales. Deux policiers avaient été blessés par des jets de projectiles et trois personnes avaient été interpellées à la suite des échauffourées entre supporters.
Quelques jours plus tard, le 3 octobre 2025, le préfet avait pris un arrêté suspendant les activités de Navétanes dans la ville de Rufisque. Cette décision intervenait après plusieurs épisodes de violence, notamment à la suite des demi-finales départementales disputées au stade Ngalandou Diouf. Des affrontements entre supporters de Lébougui de Dangou et de la Jeunesse amicale de Darou Salam (JAD) s’étaient poursuivis jusque dans les quartiers, provoquant des dégâts matériels.
La finale de la Zone 1D entre Renaissance et Castors avait alors été annulée.
Rufisque, un lourd passif avec les violences dans les Navétanes
Le problème n’est toutefois pas nouveau dans la ville.
En décembre 2021, le stade Ngalandou Diouf avait déjà été le théâtre d’une tragédie lors d’une rencontre de Navétanes entre Thiawlène et Guiff. Les affrontements entre supporters avaient fait un mort et plusieurs dizaines de blessés, tandis que le stade avait subi d’importantes dégradations. La pelouse synthétique avait notamment été incendiée et plusieurs équipements avaient été endommagés.
Ces événements avaient provoqué une réaction au plus haut niveau de l’État. Lors du Conseil des ministres du 8 décembre 2021, le président de la République avait condamné les violences enregistrées à Rufisque et demandé la prise de mesures conservatoires, pouvant aller jusqu’à la suspension des compétitions de Navétanes. Le gouvernement avait également demandé l’élaboration d’un plan national de lutte contre les violences dans les stades et terrains de football.
Une nouvelle alerte pour les autorités sportives
La répétition de ces épisodes place une nouvelle fois le mouvement Navétanes devant ses responsabilités. À Rufisque, la question ne porte plus uniquement sur les incidents à l’intérieur des stades : les violences peuvent également se prolonger dans les quartiers après les rencontres, exposant les riverains, les biens privés et les forces de sécurité.
Le phénomène dépasse d’ailleurs les frontières de Rufisque. En 2025, plusieurs autorités administratives sénégalaises avaient également suspendu des compétitions de Navétanes pour des raisons liées aux violences, aux troubles à l’ordre public ou à l’insuffisance des moyens de sécurisation. À Fimela, par exemple, le sous-préfet avait suspendu les compétitions après des troubles récurrents et des actes de vandalisme sur des biens publics.
En 2026, la question de la sécurisation reste également un enjeu dans d’autres localités. À Bignona, quatre zones avaient annoncé en août la suspension de leurs compétitions en raison du coût élevé de la sécurité, évalué à 92 200 francs CFA par match.
L’appel du préfet au calme
À Rufisque, le préfet appelle désormais les responsables du mouvement, les dirigeants d’ASC, les joueurs et les supporters à faire preuve de responsabilité et de retenue.
L’autorité administrative rappelle que les Navétanes doivent rester un espace de fraternité, de fair-play et de cohésion sociale. Elle demande également aux populations, particulièrement aux jeunes, de privilégier le dialogue et le respect des règles afin de préserver la tranquillité publique.
Cette nouvelle suspension pose désormais une question centrale : quelles conditions devront être réunies pour permettre une reprise durable des Navétanes à Rufisque ?
Après les suspensions de 2021 et de 2025, puis la reprise encadrée de certaines compétitions en 2026, les autorités semblent désormais confrontées au même défi : permettre à une compétition populaire profondément ancrée dans la vie des quartiers de se poursuivre sans que les rencontres sportives ne deviennent des foyers de violence.
À ce stade, la seule évolution officiellement annoncée est la suspension des matchs dans la ville de Rufisque et la prochaine formalisation de cette mesure par arrêté préfectoral. Les modalités précises d’une éventuelle reprise devront être appréciées à la lumière de cet arrêté.
Birame Ndaw


